Irène Hilda a écrit, avec la collaboration de Eliane Robin, un manuscrit relatant sa vie pendant la période de la guerre.

Des événements hors du commun s'y passent, non seulement dans le monde, mais aussi dans sa vie

Vous en trouverez ici le prologue et quelques extraits

La  guerre  à  4  temps  (1939-1946)

 

 

Irène Hilda

 

PROLOGUE

Aventures, drame, amours tendres et folles passions s'entrechoquent dans une tranche de vie qui s'étend de 1939 à 1946.

et cette vie est celle d'Irène Hilda

Irène Hilda, jeune chanteuse prodige, qui débuta au music-hall à l'âge de sept ans, née à Richmond en Virginie, U.S.A. de parents apatrides d'origine russe, se retrouve dans la tourmente de la seconde guerre mondiale.
Avec ses parents et son fiancé, Emile Stern, elle fuit Paris pour échapper à l'envahisseur allemand.
Son frère, Bernard Hilda, né à Paris, célèbre chef d'orchestre, qui animera plus tard les beaux soirs de la "Piste aux étoiles", est mobilisé dans l'armée française.

Mais bientôt la famille se disloquera et la guerre, impitoyable, séparera les fiancés. Il faut avant tout songer à sauver sa vie.
Mais qu'est devenu Bernard, le frère bien-aimé ?

D'épisodes dramatiques en anecdotes burlesques, Irène nous entraîne dans une folle aventure vécue, où la réalité, comme c'est si souvent le cas, l'emporte sur la fiction

 

 

 


Débuts au "Samovar" fin 41

La publicité sur les tramways de Montréal

 

 

 

 

Extraits du chapitre VII

Premiers pas au Nouveau Monde




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-  Alors cette audition ?
-  Je ne sais pas, Maman, je ne sais plus rien ! C'est fichu, probablement.
-  Allons donc ! tu recommenceras, je suis sûre qu'un jour ça marchera !
Adorable Maman, qui d'un mot fait renaître le sourire sur mes lèvres !
Et elle avait raison de ne pas baisser les bras puisque quelques jours après, Fred Robbins en personne me téléphone:
-  Mademoiselle Hilda, pouvez vous venir cet après midi à mon bureau de Broadway ?
Je m'empresse de répondre par l'affirmative et, nantie de la bénédiction maternelle, je me rends à la convocation que je n'attendais plus.
En entrant dans le bureau minuscule, j'ai peine à refouler un éclat de rire : imaginez Fred Robbins, petit et rond comme la lune, faisant face à Monsieur Caroll, qui lui était énorme et évoquait le bulldozer plutôt que le businessman.
Après les présentations d'usage, je passe un mini-audition dans cette petite pièce dont la quasi totalité de l'espace est occupé par le piano et par Monsieur Caroll.
Enfin j'entends la bonne nouvelle:
-  Je vous engage pendant quinze jours à l'essai au "Samovar". Vous toucherez 75 dollars par semaine.
Pour moi, c'est le pactole !
Le seul ennui est que le cabaret en question ne se trouve pas à New York, mais à Montréal.
Du côté maternel, cela va poser de gros problèmes, j'en suis persuadé.
Et, hélas, mes craintes se confirment
-  à Montréal, seule, Mais tu es folle !
-  Voyons Maman, je ne suis plus une petite fille, je peux me débrouiller.
-  Tu n'y penses pas, avec tous les voyous qui courent les rues !
Ma chère Maman-poule se refuse à laisser son poussin voler de ses propres ailes, et peut difficilement se résoudre à couper le cordon ombilical qui nous unit depuis toujours.
Après des torrents de larmes et de vaines discussions, elle en accepte enfin l'idée, et je m'en vais vers un nouvel inconnu.

"Au Samovar"  "Irène Hilda" !
Voilà ce qui me saute aux yeux lorsque j'arrive à Montréal.
Et cette inscription lapidaire orne l'avant des tramways et des autobus qui sillonnent la ville. On peut dire que je débarque en fanfare.
Je rencontre mon nom dans toutes les rues, et je salue mon portrait sur tous les murs. Serai-je à la hauteur d'une telle publicité qui m'effraye plus qu'elle ne me ravit ?
Après avoir déposé mes bagages à l'hôtel, je me rends au "Samovar" où Caroll et sa famille m'attendent.

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Irène Hilda et Jean Gabin 
en 1945 à New York

 

Extraits du chapitre X

Gabin,  l'homme et l'artiste

Ce soir de Mai 1942, je m'apprête à entrer en scène à "La Vie Parisienne", un cabaret select dirigé par Arthur Lesser et Zizi Berthet, qui animèrent jadis "Chez Toutmain" aux Champs Elysées. Certains se souviendront peut être encore de "Toutmain", le temple du prêt-à-porter où l'élégance pouvait se satisfaire sans déchirer le portefeuille. Zizi Berthet, autre "richefugié", fervent adepte du principe que le prêt-à-porter mène à tout à condition d'en sortir (n'y voyez pas une allusion scabreuse) avait acheté 'La Vie Parisienne" à New-York. Quant à Arthur Lesser, il en était devenu le directeur artistique. C'est là que les français exilés se retrouvaient tous les soirs, et tentaient de recréer entre eux l'atmosphère de la "Douce France". Dans mon tour de chant, j'ai inséré la chanson "Si tu vas à Paris" de Charles Trenet, et ici comme ailleurs où on n'est pas à Paris, la nostalgie opère et bien des yeux exilés pleurent le rêve perdu.
Après le spectacle je vois arriver deux visages familiers qui hantent les écrans européens: ceux de Jean Gabin et de Marlene Dietrich en personne. Dans ce bougonnemen,t qui n'appartient qu'à lui, il me semble comprendre qu'il a apprécié ma prestation. Mes lèvres remercient Gabin, mais mon regard se tourne vers Sylvain en quête d'une explication. Il murmure discrètement
-  Demain
Ma curiosité en est pour ses frais. Et le lendemain :
-  Alors Sylvain, explique moi comment Jean Gabin a débarqué à "La Vie Parisienne"
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Si Sylvain a prouvé par son total désintéressement que l'amitié éclaire le monde, Jean Gabin, par contre, n'a pas renvoyé l'ascenseur au moment où nous lui demandions un service........
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Irène s'engage

 

Extraits du   chapitre  XV

Irène s'engage

- Dieu, que je me sens fatiguée ! et cette chaleur qui n'en finit pas !
Le public, accablé par cette chaleur qui sévit en ce mois de Mai 1944, quitte la salle de "La Vie Parisienne" où je viens de terminer mon habituel tour de chant.
Je m'apprête à respirer la relative fraîcheur de la nuit, quand j'aperçois à la sortie Mrs J., ma fidèle et inconditionnelle admiratrice. Il me tarde d'échapper à ses aimables mais envahissants compliments :
- Excusez moi, Mrs J., mais je suis vraiment très pressée ce soir.
- Je vous en prie, Mademoiselle Hilda, je ne veux pas vous retarder, mais j'ai appris la triste nouvelle, et je tenais à vous exprimer toute ma sympathie.
A ces mots, je me fige
- Quelle triste nouvelle ?
- Eh bien ! je croyais ...
- Voyons, Mrs J., de quoi parlez vous ?
- Mais... de la mort de votre frère
- Quoi ?
J'attrape Mrs J. par les épaules et la secoue comme un prunier.
- Etes vous folle ? Qui vous a raconté une chose pareille ?
La pauvre femme essaie vainement de se soustraire à l'étreinte de mes mains dont l'émotion a décuplé les forces.
- Mademoiselle Hilda, je vous en prie, lâchez moi !
Mes bras retombent et mon regard n'est plus qu'une interrogation muette.
Mon interlocutrice reprend en hésitant visiblement:
- Je croyais que vous étiez au courant.
- Mais qui vous a raconté une chose pareille ?
- Un ami de ma famille est arrivé d'Espagne hier et, comme il a vu votre nom à l'affiche, il nous a dit que l'on avait annoncé la mort de votre frère dans les journaux espagnols. Il aurait été abattu devant l'entrée de son hôtel.
- Mais où ?
- Je l'ignore.
Mon cerveau se refuse à croire ce que mes oreilles entendent.
- Mais non, c'est une erreur ! Nous avons reçu récemment de ses nouvelles .
- Je l'espère, Mademoiselle Hilda.
Mais la pitié que je lis dans ses yeux réfute ce qu'elle vient de me dire en guise de piètre consolation.
Les yeux embués de larmes, je la plante là et me met à errer dans la nuit, au hasard des rues.
Comment annoncer la nouvelle à mes parents ? Ce dernier coup risque de leur être fatal. Et puis, peut on se fier à un article de journal ? Tant de fausses rumeurs ont été propagées en cette période tourmentée.
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Accroché au mur me faisant face, un grand portrait de Roosevelt. Au plafond, un petit lustre distille une lumière plus qu'insuffisante. Je ne me sens pas très à l'aise dans cette antre militaire qui n'a rien d'accueillant.
Va t'on m'accepter ? Aurai-je une chance de gagner l'Espagne et de retrouver la trace de Bernard ? Ne me suis-je pas engagée dans une folle aventure dont je ne connais pas l'issue ?
Arrivée à ce point de mes réflexions, je n'entends pas la porte s'ouvrir discrètement derrière moi.
- Mademoiselle Hilda ?
Je sursaute à l'appel de mon nom, me retourne et me trouve face à un officier très souriant et au regard affable.
- Je me présente : Major B. Que puis je faire pour vous ?
- Je sais que vous recrutez des artistes volontaires  pour se produire en Europe devant les troupes américaines.
- En Europe et dans le Pacifique, cela dépend.
Déjà mon bel enthousiasme retombe, je ne tiens pas du tout à me retrouver dans une île du Pacifique, ce n'est pas vraiment mon but !
- Mais, Major, c'est en Europe que je voudrais aller !
- Ah oui ? vos raisons sont tellement impératives ?
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Irène (à droite) "sur les planches"

 

Extraits  du  chapitre XVII

Irène  débarque

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Le lendemain nous sommes dans le mess, où un officier nous a demandé de venir pour une réunion d'information; il s'adresse à nous :
- Le débarquement allié s'est déroulé en Normandie et les défenses allemandes, bien que profondément enfoncées, s'accrochent encore sur leurs positions. Vous pouvez à présent traverser la Manche, mais tout danger n'est pas écarté ! Si vous voulez abandonner et retourner aux Etats Unis, c'est le moment. Dans quarante huit heures, il sera trop tard.
Les regards qu'échangent les membres de notre troupe en disent long sur nos états d'âme.
La tentation de renoncer à cette tournée dans l'enfer me noue les entrailles, je voudrais crier mon désir de quitter le terrain. Je lis la même panique dans les yeux de mes camarades, eux aussi sont tenaillés par le désir d'abandonner l'arène, mais pas un mot ne franchit leurs lèvres. Comme eux, je garde le silence, malgré l'angoisse qui me paralyse, je ne veux pas perdre la face et refuse la lâcheté tentatrice.
Notre mutisme considéré comme un acquiescement sans condition, l'officier conclut :
- Je vous félicite pour votre courage. Je n'en attendais pas moins de vous !

Voilà trois jours et quatre nuits que nous naviguons sur la Manche. Cette traversée n'en finit pas, et la présence possible de mines donne à notre équipée des allures de cauchemar.
Tantôt nous avançons, tantôt nous reculons ou zigzaguons, selon que le regard de l'officier chargé d'inspecter la surface de la mer détecte un objet suspect flottant au gré des vagues.
Arriverons nous jamais à bon port ?
L'angoisse nous empêche de nous détendre, et c'est dans un état de total épuisement nerveux que nous arrivons en vue des côtes de Normandie. Nous sommes au large de Omaha Beach.
Nous nous extrayons de notre barge au petit matin ....................
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